Sur les systèmes de filiation et de transmission dans les sociétés contemporaines: quelques remarques

Ana Maria Szapiro (1)

Dans "Construções do feminino: um estudo sobre a "produçaõ independente" dos anos sessenta"( Szapiro,1998), j'ai examiné les effets des "déplacements" de comportements des femmes au sujet de la maternité dans les sociétés contemporaines. Ces déplacements inaugurent des nouvelles formes de rapports familiales et indiquent aussi des changements importants dans les modes de subjectivation à l'intérieur de ces sociétés. Dans la perspective selon laquelle le modèle de construction de l'individu moderne est un modèle de construction masculine, il faut penser, par exemple, sur la nature des impasses posées aux femmes, devant la maximisation des valeurs modernes de liberté et d'égalité par rapport aux hommes.

La demande pour la maternité toute seule, parue aux années soixante peut être mieux comprise si on considère cette maternité comme le résultat de l'inflexion du paradigme individualiste (Dumont, 1983) sur les femmes, y compris, évidement, le mouvement féministe des années soixante. Mais le paradigme individualiste amène aussi un autre aspect très important : c'est le refus ou l'effacement du différent et, par conséquence, une demande de reproduction du même. Cet aspect concerne étroitement aux changements des valeurs générationnelles qui surgissent à partir de l'individualisme contemporaine. Il faut, donc, interroger les changements qui s'opèrent aujourd'hui dans les systèmes de filiation et dans la problématique de la transmission à partir des nouvelles conceptions des rapports à l'intérieur de la "famille contemporaine".

En fait, on observe les signes de conformation d'un nouveau paradigme de pensée sur les identités et sur la nature des liens sociaux. La demande de maternité toute seule y s' insère. À l'intérieur de la famille se sont posées des questions cruciales. À la fin du siècle XX on a vu paraître clairement une sorte de malaise dans les rapports familiaux qu'on n'a pas pu encore très bien nommer... Déplacement des femmes, maximization de l'autonomization de l'individu et de la femme-individu, infléxion sur la famille du valeur "liberté", maximization du valeur de "bonheur individuel", problématization de la différence de genre, tentative d' effacement des différences au nom de l' égalité entre femmes et hommes ( c'est-à-dire, au nom de la construction de l'individu), tous ces aspects ont mené a des nouveaux liens familiaux et inter-générations, éprouvant, donc, des nouvelles formes de pensée sur la question symbolique de la filiation et de la transmission.

Dans l'imaginaire de l'égalité de l'individu se conforme une subjectivité du même. Cette subjectivité pose des problèmes pour la filiation, au fur et à mesure qu'on se refuse à penser l'autre, en tant, que différent. Par contre, et c´est la Psychanalyse qui nous dit, les repères constitutifs du sujet ne se font qu'au prix d'un exercice d'opposition qui nous impose, a toutes les humaines, la confrontation, la négociation ou l'accord avec l'autre.
Postulé par Freud, l'autre, dans son irréductible différence, est constitutif du sujet. C'est l'autre qu'inaugure le parcours du sujet pour qu'il devienne capable de sociabilité. Le principe du plaisir seulement acquit un sens parce qu'il est limité par l'existence de l"au-delà".

Bauman ( 2000) a nommé " liquid modernity" à cette version contemporaine de la modernité, òu, avec l 'arrivé du capitalism leger et fluctuant, on est marqué par une sorte de désengagement et d'affaiblissement des liens sociaux. Il rappelle Kundera que, dans le roman "L'insoutenable légèreté de l´être", décrivit le centre de la tragédie du monde moderne. Légèreté, liberté, incertitude, effacement du passé et du futur, discontinuité d'identité, pour citer quelques aspects de la " liquid modernity"...

Dans cette modernité il n'y a que projets individuels, il n'y a que projets ponctuels, toujours particuliers, jamais collectifs. Et, pourtant, la filiation et la transmission ne sont pas questions individuelles, elles sont questions de reproduction sociale et elles font aussi partie des processus de symbolisation fondamentales. Mais l'individu des sociétés contemporaines c'est l'individu des multiples filiations, les individus croient pouvoir ainsi échapper aux contraintes sociales. On pense vivre mieux avec de multiples références, entre lesquelles, la plus importante c'est le désir d'être soi: quelqu'un libre pour choisir à chaque instant ... Mais, parce que ces références peuvent toujours être remplacées, des individus peuvent aussi devenir paniqués et en désarroi ...( Dufour, 2001)
Sennett (1979) considère que dans cette subjectivité l'accent narcissique est conséquence des tendances individualistes, òu les aspects de la société valorisés par les individus deviennent seulement des manifestations des sentiments personnels. L'individu sort de la Cité et prend son refuge chez lui même, chez ses sentiments, se croyant autotomisé de la société!

Dufour ( Les Mystères de la Trinité, 1990) en examinant la question des liens sociaux remarque qu'il n'y a pas de socialité sans qu'on admette l'absence. Il souligne dans le discours de la Psychanalyse l'énonciation d'un sujet qui peut se constituer seulement au prix d'une trinité interne. Les repères symboliques fondamentaux, dit-il, permettent les distinctions fondamentales du moi et de l'autre, de l'ici et du là, de l'avant et de l'après, de la présence et de l'absence. Comment, donc, on peut comprendre la place au différent dans la "liquid modernity"?

Si l'individu moderne est supposé libéré des contraintes de la société, si on pense mettre à côté le différent, en cherchant l'expérience subjective de la complète liberté de choisir ( mais choisir toujours le même...), La notion de responsabilité et de transmission risque de disparaître. Et voilà une grande tension interne à la famille (cette tension qui est aussi dans la société) par rapport à la question de la transmission.

On peut, donc, se demander: qu'est-ce que transmettent les parents? Qu'est-ce que pose le nouveau paradigme qui amène les technologies de reproduction, du point de vue du rapport entre les parents et les enfants? Qu' est-ce on peut nommer, finalement, comme parentalité et comme filiation?

Penser les transformations des systèmes de filiation comme un dispositif qui permettre analyser les transformations des mentalités contemporaines à l' ère des valeurs de l'individualisme, interroger sur la question des rapports entre les générations et sur l' effet de l' autonomization des individus vis-a-vis la notion de transmission et de responsabilité, ce sont des questions qu' il faut travailler d' urgence dans ces temps de "désaffiliation contemporaine".


(1) Professora do Instituto de Psicologia da UFRJ, Programa EICOS de Pós-Graduação